Lettre à Horace Say

Frédéric Bastiat

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Eaux-Bonnes, 4 juillet 1850.

Mon cher ami,

J’ai lu l’article de M. Clément sur les Harmonies. Si je croyais une controverse utile, je l’accepterais ; mais qui la lirait ? M. Clément a l’air de penser que c’est manquer de respect à nos maîtres que d’approfondir des problèmes qu’ils ont à peine effleurés, — parce qu’au temps où ils écrivaient, ces problèmes n’étaient pas posés. Selon lui, ils ont tout dit, tout vu, ne nous ont rien laissé à faire. — Ce n’est pas mon opinion et ce n’était certainement pas la leur. Entre les premières et les dernières pages de votre père, il y a un progrès trop sensible pour qu’il ne vît pas lui-même qu’il n’avait pas touché l’horizon et que nul ne le touchera jamais. Pour moi, les Harmonies fussent-elles finies à ma satisfaction (ce qui ne sera pas), que je ne les regarderais encore que comme un point d’où nos successeurs tireront un monde. Comment pourrions-nous aller bien avant, quand nous sommes obligés de consacrer les trois quarts de notre temps à élucider, pour un public égaré, les questions les plus simples ?

 

… Si vous faites dans le Dictionnaire de Guillaumin l’article Assurance, faites bien remarquer que ce ne sont pas seulement les compagnies qui s’associent, mais encore et surtout les assurés. Ce sont eux qui forment, sans s’en douter, une association qui n’en est pas moins réelle pour être volontaire et parce qu’on y entre et en sort quand on veut.

Bastiat.orgLe Libéralisme, le vraiUn site par François-René Rideau